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La dignité de la femme et de l’enfant à l’épreuve de la GPA

28 février. Chaire de bioéthique et droits de l’homme de l’UNESCO

 Une analyse approfondie des données scientifiques les plus récentes sur la GPA 

( philosophiques, psychologiques et biomédicales)

 

Qu’est-ce que la GPA ? La gestation pour autrui ou « GPA » est « le fait pour une femme de porter un enfant pour le compte d’un couple qui en a assuré le projet et la conception et à qui il sera remis après sa naissance. Avec la GPA la naissance est le résultat de l’action d’une chaîne d’adultes qui s’ajoutent aux parents biologiques : juristes, avocats, laborantins, donneurs éventuels de gamètes, médecins, mère non biologique…

La gestation pour autrui représente aujourd’hui un défi : quelles sont ses implications philosophiques et éthiques et scientifiques ? Pourquoi la GPA serait-elle contraire à la dignité humaine ?

Qu’est-ce que la dignité ? La dignité humaine est liée à la nature humaine, elle fait partie des droits essentiels liés au respect de la personne humaine, et au principe d’inviolabilité du corps humain, selon la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

La grossesse pour autrui, ou GPA, dissocie la maternité de la gestation. La grossesse devient alors une production et rentre dans le marché de l’économie avec l’apparition de contrats.

Théoriquement chacun a droit à la vie et au respect de son corps. Le corps humain est inviolable et ne peut faire l’objet d’une marchandisation. Mais les exceptions sont nombreuses que ce soit pour la recherche, le don d’organes, l’avortement, ou maintenant la GPA.

La conférence de la Chaire de bioéthique et droits de l’homme de l’UNESCO a voulu contribuer à la réflexion sur la dignité humaine et la GPA en invitant des spécialistes des domaines de la philosophie, de la psychologie et de la médecine.

Les intervenants ont exploré :

  • La nature des liens entre la mère et le fœtus
  • La question de la mémoire intra-utérine
  • Les expériences des femmes impliquées
  • Les conséquences biomédicales pour la mère porteuse, la donneuse d’ovules et le nouveau-né.

Redécouvrons le sens de la procréation 

En effet, la grossesse n’est pas un travail comme un autre c’est une expérience relationnelle ; le défi actuel à relever est de redécouvrir la procréation en tant que coopération responsable et non comme une production sans oublier la souffrance des couples face à l’infertilité qui demande une réponse sous forme d’accompagnement.

Tentons une approche herméneutique de la maternité.  Le corps est le lieu d’expression privilégié du moi, dans l’expérience de la maternité, le corps est à la fois un et deux sans coïncider exclusivement avec l’un ou l’autre, et cette situation de co-corporalité et de co-habitation symétrique pose une difficulté ; comment caractériser le soi et l’autre ?  La réflexion sur la grossesse devient alors très intéressante.

La GPA ne respecte pas la dignité et les droits de l’enfant 

De son côté l’enfant est vulnérable car il ne peut encore s’exprimer et faire valoir ses droits. Il ne connaîtra pas la mère qui l’a porté, avec des conséquences psychologiques et physiologiques qui ne sont pas encore toutes connues. Olivia Maurel, née par GPA, porte-parole de la déclaration de Casablanca qui réclame l’abolition totale de la GPA, témoigne des blessures provoquées par cette pratique.  https://gpausa.org/declaration-casablanca-olivia-maurel-gpa/

La relation mère-enfant

La gestation se présente comme une relation particulière, intime dans lequel le sujet et l’objet sont en harmonie et ne s’opposent pas. C’est un évènement et une expérience unique. Il y a dualité mais il n’y a pas de contrôle ! la relation à l’autre est une intériorisation spatiale dans lequel l’autre n’est pas moi. Présence à l’autre est à la fois unité et dualité ; contradiction typique de la grossesse. La grossesse vient conjuguer les deux à la fois, le singulier et le pluriel. Une réflexion sur la grossesse est ardue, elle est dynamique, ni la mère ni le fœtus n’ont le contrôle du déroulement bien qu’ils en soient les acteurs. C’est complexe. La gestation est une nouvelle identité. L e soi est donc comme l’autre à double niveau, tout comme l’accouchement est à la fois une fin et un début.

Le concept de reconnaissance essentiel pour la construction du soi et de l’autre

Sur le plan de la reconnaissance, en tant qu’autre, je suis car tu es. L’embryon est reconnu comme sien et comme autre, il porte la moitié de moi génétique et la moitié du père, l’acte d’indentification à partir de signes biologiques, je suis enceinte c’est le moment de la reconnaissance, mais avec le temps les mouvements du fœtus deviennent perceptibles et le pathos le pathos atteint son apogée à partir du moment où la femme n’est plus une amante mais une mère. C’est un parcours de maturation agapique. Pour le Philosophe Robert Redeker l’accueil de l’autre crée un lien nouveau, il implique la reconnaissance de la responsabilité. Il y a une évolution entre le début de la grossesse où il n’y a pas de contrôle et le moment où la femme reconnaît son rôle ; c’est un parcours de reconnaissance. Avec la GPA la femme refuse cette reconnaissance au détriment d’elle-même, elle refuse cette maturation.  Ce processus passe aussi par la conjugalité, la femme se fait reconnaître par son partenaire, elle en a besoin, son partenaire est crucial pendant la grossesse qui concerne aussi l’homme. Le moi psychique commence à faire de la place à l’enfant. C’est un secret partagé, une reconnaissance mutuelle, où l’autre n’est pas vraiment un inconnu, il fait sa place en moi. L’amour circule entre les sujets, il y a don et gratitude, tension entre intimité et respect. Ce parcours :  identification de l’autre, de moi-même et reconnaissance mutuelle, c’est une dynamique relationnelle que la GPA ne permet pas. La grossesse pour autrui méprise ce processus de reconnaissance, c’est une violence injustifiée qui provoque de graves dégâts.

Un appel en faveur de la maternité naturelle

La philosophie s’est intéressée tardivement à la grossesse, bien qu’Aristote ait abordé le sujet de l’embryon et proscrit la pratique de l’avortement. Mais depuis la fin du XXème siècle des femmes philosophes abordent le sujet, comme Simone de Beauvoir, le féminisme reconnait que la grossesse est l’élément clé ; en tant que femmes nous avons la responsabilité du sujet et nous devons aller au-delà du point de vue scientifique, considérer tous ses aspects et l’importance de la relation gestationnelle, trouver les mots pour l’exprimer, la science-fiction est devenue une réalité. Quel avenir préparons-nous pour nos enfants ?

La GPA est-elle sans risque ?

Les études disponibles démontrent que la GPA n’est pas neutre : l’ovocyte n’est pas le sien, les femmes doivent prendre des médicaments pour éviter le rejet. C’est une grossesse allogène à haut risque. Les femmes doivent être informés de tous les aspects de la GPA. Le risque augmente avec l’âge et le nombre.

Les traitements hormonaux ne sont pas anodins. Les risques spécifiques à la GPA sont le diabète gestationnel, l’hémorragie post-partum, la prééclampsie, le faible poids, les grossesses gémellaires. La mémoire fœtale existe et conditionne toute la vie. De nouvelles maladies psychiatriques apparaissent.

Toutes les études indiquent une différence entre les grossesses allogéniques et les autres. La femme qui porte un embryon inconnu subit une sorte de greffe allogène. Il y a risque d’hypertension, de fausse couche liée à l’absence de corps jaune, d’anomalies placentaire, de problème d’ordres génétique et immunologique.

Le don d’ovocytes est également à haut risque pour la santé des femmes donneuses.

Les cas d’infertilité suite à des problèmes pendant une GPA et de complications graves pour la femme existent mais ne sont pas relayés.

Dans les faits, le droit au consentement éclairé des patientes n’est souvent pas respecté.

Que disent les études sur la santé des mères porteuses ?

Les études ne s’intéressent pas aux mères porteuses. La recherche commence à s’intéresser à la période prénatale pour la mère et l’enfant, elle doit continuer. Il faudrait insérer des formations dans les écoles de médecine, en spécialité gynécologie et obstétrique, s’intéresser aux mères. Il y a plus de risques de complications pour une grossesse par GPA que pour une grossesse naturelle.

Pour les enfants, il est difficile d’obtenir des données fiables, c’est un sujet délicat, ils n’osent pas s’exprimer ouvertement car ils ont de l’affection pour leurs parents. Les travaux ne suivent pas les enfants jusqu’à l’âge adulte et s’appuient sur les données fournies par les parents.

De plus il existe un consensus pour afficher son bonheur pour nier les difficultés qui fait qu’on refuse la réalité et qu’on ne peut pas traiter les problèmes.

Pourquoi la GPA est-elle une exploitation des femmes ?

La GPA est une industrie, une production, qui rapporte de l’argent. Les femmes riches utilisent les femmes pauvres qui se sentent méprisées. Très peu de femmes osent témoigner. Les mères porteuses sont fréquemment victimes de pressions pour répondre aux préférences des parents contractuels, des médecins, au détriment de leur propre autonomie. La rémunération incite à prendre des risques, beaucoup de femmes utilisent cet argent pour payer leurs dettes, élever leurs propres enfants, acheter une maison, et quand les gens les félicitent, elles culpabilisent car elles savent qu’elles l’ont fait pour l’argent. Et il y a des risques pour leur santé à long terme.

Sur le plan psychique, la séparation entre la mère et l’enfant crée une blessure primitive, la mère et le bébé en souffrent tous les deux.  Après la naissance et l’abandon du bébé, Les mères porteuses sentent les hormones circuler dans leur corps et elles ont une montée de lait, mais le bébé n’est pas là, c’est une expérience très déstabilisante. C’est une expérience émotionnelle à haut risque avec des conséquences psychiques également. Par exemple, une mère porteuse a souffert d’une dépression après la naissance de son bébé sous contrat mais pas après les naissances de ses propres enfants.

Les neurosciences ont démontré que les amygdales agissent comme un centre de traitement des émotions et conservent les empreintes des évènements passés. La mère conserve dans son organisme des cellules de son enfant longtemps après la naissance, il modifie sa mère. La mère pense à son bébé longtemps après.

Quelles conséquences pour le nouveau-né privé du premier baiser de sa mère ?

Plaçons-nous maintenant du point de vue du fœtus : ce qui est vécu par les parents depuis le moment de la conception a de l’importance dans la construction des liens d’attachement intra-utérin, le bébé a une compétence très fine pour percevoir la relation, c’est un capteur d’amour, mais il peut y avoir des erreurs par exemple si la maman expérimente un deuil, avec l’afflux des hormones le fœtus ressent aussi le stress de la maman et peut culpabiliser. En grandissant ces enfants peuvent développer des réflexes de défense ou des dépressions qui s’apaisent quand on leur raconte le récit de leur naissance depuis la conception. Il s’agit de rendre conscient un processus inconscient.

Grâce à cet éveil des 5 sens durant la gestation, l’enfant acquiert une mémoire sensorielle qui va faciliter le moment de la naissance en lui fournissant des repères. Le lien qui se construit entre l’enfant intra utéro et la mère, véritable mémoire sensorielle, est reconnu par les maternités qui favorisent son prolongement avec les pratiques de peau à peau par exemple.  Il est essentiel pour que l’enfant se sente protégé et reconnu : si c’est bien elle, c’est bien moi !

On sait que la formation des connections synaptiques du cerveau commence dans les quatre dernières semaines de la gestation et se prolonge durant les 1000 premiers jours de l’enfant. On parle de cette période comme d’un « âge d’or ». Un traumatisme pendant cette période a un impact sur l’avenir.

Dans le cadre de la GPA, le nourrisson ne retrouve pas ses repères sensoriels. Il naît imprégné des perceptions de sa mère, mais il perd brutalement son unité de base et est plongé dans le chaos, un état de sidération, il est perdu, ne peut pas comprendre, c’est la peur de mourir, l’abandon, la panique, et plus tard l’insécurité existentielle, le doute de soi. Tout cela peut resurgir par exemple avec le cas des enfants qui ne veulent plus aller à l’école, quitter leur mère, ou à l’adolescence. A chaque traumatisme la souffrance se réveille, première déception amoureuse, ou échec aux examens, signe qu’être privé du premier baiser de sa mère est une violence anthropologique.

La GPA implique une scission entre le corps et l’esprit qui déconstruit l’identité mais un chemin de vie est toujours possible

Dans le cadre de la GPA, la mère va s’efforcer de ne pas s’attacher à l’enfant, c’est le détournement forcé de la fonction maternelle, une désarticulation, un brouillage qui entraine une quête d’identité.

La femme est détournée de sa fonction intime, car la grossesse est un travail psychique et la GPA implique une scission entre le corps et le soi.

La GPA n’est pas un acte d’amour, c’est une régression archaïque qui provoque des blessures profondes, il faut l’abolir. Il s’agit de respecter la cohérence pour les générations futures pour sauvegarder l’intégrité de l’homme dans ses fondements.

Cette blessure identitaire, aggravée par le mensonge si les gamètes sont externes, est comme un iceberg dont la partie immergée est le traumatisme intergénérationnel, la toute-puissance technique, la décompensation psychiatrique, obsession et perte de soi.

En cas de crise, il faut oser demander de l’aide, car encore faut-il savoir raconter de la bonne manière, et cela nécessite beaucoup de maturité de part et d’autre. Une fois que l’enfant est là, il y a un chemin de vie, pour les parents comme pour les enfants.

Conclusion 

Eclairer les femmes, les mères, était l’objectif de ce séminaire. Nous avons voulu étayer notre position éthique par la science et les faits, car derrière les contrats il y a des corps et des mémoires. Il est désormais intenable de traiter la GPA comme neutre, c’est une violence anthropologique, une exploitation économique des femmes, la question du consentement éclairé est posée car les femmes ignorent les risques auxquels elles sont exposées, elles doivent être informées.

La science est au service de la vérité et la vérité au service de la dignité humaine.

Le compte-rendu ci-dessus est une synthèse personnelle des notes prises pendant le webinaire et ne reflète pas la totalité des arguments qui ont été énoncés, notamment les nombreux tableaux, études et données médicales que l’on pourra trouver dans les actes du colloque.

 

Cet événement était organisé par

Maroun BADR : Docteur en bioéthique,

Aude MIRKOVIC : Docteur en droit,

Fabiano NIGRIS : Pédiatre,

Avec le soutien de l’Institut pontifical Atheneum Regina Apostolorum et de la Déclaration de Casablanca dont nous fêtons les 3 ans d’anniversaire et dans le contexte de la présentation à l’ONU en octobre dernier, du rapport spécial 2025 condamnant la gestation pour autrui par Reem ALSALEM, Rapporteure spéciale de l’ONU sur la violence à l’égard des femmes.

 

 

 

 

 

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