Le regard de Femina Europa sur la démographie et le bien commun
Le 6ème forum international des ONGs d’inspiration catholique qui s’est tenu à Rome fin novembre 2025 avait pour thème: « Pèlerins d’espérance pour la promotion de la dignité humaine, du bien commun et de la paix ». Femina Europa a apporté sa contribution sur la question du bien commun et la démographie, en lien avec la famille.
Pourquoi relier la démographie et la famille avec le bien commun ?
Tout d’abord qu’est-ce qu’une famille ?
La famille est une réalité naturelle, elle existe depuis que les hommes sont sur terre, s’aiment, se reproduisent et ont besoin d’un toit : dans l’antiquité la famille rassemblait également les domestiques, de nos jours la famille est un ensemble de personnes reliées entre elles par des liens de filiation ou d’alliance. C’est le lieu par excellence où l’on apprend à grandir dans l’altérité. C’est en famille que l’on apprend la confiance parce que les liens de filiation sont des liens permanents. Ainsi le divorce est une rupture qui blesse la famille et a un coût humain et économique. Les études prouvent que les enfants qui grandissent dans des familles stables sont en meilleure santé physique et mentale.
Examinons maintenant la notion de bien commun
Le bien commun est une notion d’origine chrétienne qui s’est acclimatée tardivement dans la sphère politique; la définition du bien commun selon la doctrine sociale de l’Eglise, est à la fois le bien de la communauté dans son ensemble et ce qui permet à chacun de mener une vie pleinement humaine : nourriture, habitat, logement, famille, éducation, liberté y compris religieuse etc (MM 65, PT 53-59) — MM : Mater et Magistra Jean XXIII, PT: Pacem in Terris Jean XXIII —
Dans la tradition de l’Eglise, le véritable Bien commun se trouve en Dieu lui-même. Comme le dit saint Augustin : « Tu nous as fait pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi ».
Troisième point: Le bien commun et la démographie
Aujourd’hui le bien commun a pris une dimension écologique, notion reprise par les grandes institutions internationales :
- L’UNESCO cite l’eau comme un bien commun.
- L’OMS évoque la santé comme un bien commun.
Appliqué à la démographie, le bien commun s’est dévoyé en objectif de limitation de la croissance de la population pour préserver la planète. Pour réduire les émissions de gaz à effets de serre. Ainsi de nombreux jeunes ne veulent plus avoir d’enfants ou sont incités à en limiter le nombre, au nom de la planète.
C’est l’hiver démographique qui s’installe dans les mœurs, au nom du bien! Quel paradoxe! Oui quel paradoxe, alors que les dirigeants politiques s’accordent régulièrement à reconnaître que la crise démographique est angoissante et présentent des plans pour relancer la natalité qui sont suivis de bien peu d’effet.
Quel est le problème ? L’avènement du relativisme et du productivisme a défiguré la dignité intrinsèque de la personne humaine et en a fait une variable d’ajustement. Regardons par exemple ce qui s’est passé en France: depuis la dépénalisation de l’avortement en 1995 jusqu’à son inscription dans la Constitution en 2024, c’est toute la conception de la vie qui a changé, avec comme corollaire la relation homme-femme profondément blessée.
Ainsi, on ne peut pas déplorer la crise démographique sans dénoncer les campagnes contre la natalité pour ce qu’elles sont : des incitations à donner la mort. L’économiste Gérard-François Dumont* fait justement remarquer qu’il existe une asymétrie entre la politique anti-nataliste et la politique familiale, entre le « droit à avorter et donc à ne pas avoir un enfant et le droit à avoir un enfant ». Il s’agit d’injonctions contradictoires.
Ce droit à l’enfant est devenu un marché lucratif dans lequel les femmes et les enfants sont traités comme des marchandises. Pensons à la GPA (Gestation pour Autrui), à la PMA (Procréation Médicalement Assistée) où l’on peut commander l’enfant parfait. Les progrès de la science sont tels que l’homme dispose maintenant d’un pouvoir de plus en plus grand sur la vie. La transmission de la vie devient une affaire publique. Le principe de non-ingérence de l’Etat dans la vie privée et familiale est écorné.
Femina Europa , dans les actions que notre ONG mène dans les institutions internationales, milite pour que soit reconnues la dignité de toute personne humaine, la complémentarité Homme/Femme dans tous les domaines y compris la transmission de la vie, pour que la figure du père ne soit pas effacée, dé-responsabilisée et que la maternité ne soit pas marchandisée.
Conclusion :
Au-delà d’une crise démographique, nous traversons une crise spirituelle. La réponse à cette crise ne peut être que spirituelle. Retrouvons le sens de la vie, et partageons-le en vue du bien commun. La politique familiale ne sera efficace que dans la mesure où elle sera en accord avec la loi naturelle. Alors nous serons véritablement libres pour aimer, homme et femme ensemble et complémentaires pour la transmission de la vie.
* Pour une renaissance de la politique familiale: liberté, lisibilité et pérennité – Gérard-François DUMONT, Professeur à Sorbonne Université.